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Le processus de reconnaissance

Les Karmapas sont uniques non seulement parce qu’ils ont instauré la première lignée de réincarnations, mais aussi à cause de ce choix délibéré de guider leurs disciples en les retrouvant à chaque nouvelle naissance. Au cours des 900 ans qui se sont écoulés depuis que Dusoum Khyènpa fonda la première lignée de réincarnations, d’innombrables autres grands maîtres ont repris naissance, ont été reconnus par leurs disciples et ont continué l’œuvre qu’ils avaient commencée dans les vies précédentes. Nombre de ces lignées se maintiennent à ce jour. Beaucoup d’autres ont disparu après quelques générations, les disciples et l’administration des monastères n’ayant pas réussi à reconnaître les incarnations suivantes.
 
La longévité de toute institution sociale – y compris d’une lignée de réincarnations – dépend de mécanismes fiables qui lui permettent de se perpétuer dans le temps. Bien que le retour volontaire des Karmapas soit l’élément principal de la continuité de leurs réincarnations, il est également crucial que leurs disciples soient capables d’identifier correctement chacune de ses manifestations. La compassion conduit les lamas à trouver un moyen de revenir là où ils peuvent être retrouvés par les disciples ; la dévotion conduit les disciples à une recherche inlassable jusqu’à ce qu’ils retrouvent leur lama. Quand la compassion rencontre la dévotion, les Karmapas, par leur sagesse associée à des moyens habiles, construisent un pont capable de franchir même la barrière de la mort.
 
URocher près de Kampo Nénang où il est dit que la lettre tibétaine A (ci-dessous en rouge) apparaît quand un Karmapa reprend naissance. Photo : avec l’aimable autorisation de Rokpa.n des moyens habiles qui permet d’établir ce pont est la pratique – initiée par Dusoum Khyènpa lui-même – de laisser des instructions qui indiquent le lieu où le prochain Karmapa naîtra. De telles instructions sont en général confiées aux mains de proches disciples ou, parfois, de serviteurs de confiance. La lettre que le XVe Karmapa écrivit et confia à un serviteur dans une amulette de protection, indiquait non seulement la date de sa prochaine naissance, mais une description de la maison et le nom de la famille dans laquelle il allait renaître. Bien que tous les Karmapas n’écrivent pas de lettres qui donnent des indications aussi claires, quand ils le font, ces lettres de prédiction sont des manifestations éblouissantes de leurs pouvoirs extraordinaires. Un autre moyen propre aux Karmapas pour aider les disciples dans leur recherche de la nouvelle incarnation est ce qu’on appelle les « actes dans les états intermédiaires », ou namthar bardoma, à savoir des signes exceptionnels qui se produiront entre le décès d’un Karmapa et sa prochaine naissance. Le fait que les Karmapas puissent prévoir non seulement le lieu de leur renaissance, mais aussi les conditions de leur passage d’une vie à la suivante atteste de leur contrôle évident du processus de la mort et de la renaissance. De plus, ceci confirme ce qui se dit depuis toujours du Karmapa : qu’il a cette aptitude particulière à percevoir l’avenir, tout comme le passé et le présent.
 
Les Karmapas n’ont pas toujours laissé des indications sous une forme aussi explicite que celle d’une lettre de prédiction. En l’absence d’une telle lettre, les disciples principaux peuvent se consulter afin d'évaluer si la correspondance que l’un d’eux a reçue du Karmapa, ou bien certains des chants sacrés (gour) ou d’autres œuvres poétiques composées par leur maître, contient des indices à caractère prophétique. Ils peuvent aussi prendre en considération des prédictions faites pendant la vie du précédent Karmapa ; ils examinent également leurs propres rêves à la recherche de signes supplémentaires.
 
On décrit souvent les Karmapas comme « se reconnaissant eux-mêmes ». Outre qu’ils laissent des descriptions de leur vie future, de nombreux Karmapas « se reconnaissent eux-mêmes » en indiquant explicitement leur identité à d’autres personnes, à un très jeune âge. Par exemple, à l’âge de trois ans, le IVe Karmapa, Rolpé Dorjé, déclara à sa mère : « Je suis la réincarnation de Karma Pakshi. J’aurai beaucoup de disciples à qui je donnerai des enseignements. » Sa mère répondit : « Si tu es la réincarnation de Karma Pakshi, alors n’es-tu pas aussi Rangjoung Dorjé [le IIIe Karmapa] ? » À ceci, l’enfant déclara calmement : « Les deux sont inséparables. » L’identité de Rolpé Dorjé en tant que IVe Karmapa était une certitude si largement répandue qu’elle ne nécessita pas de processus de reconnaissance officielle, mais fut tacitement acceptée par tous.
 
Le processus s’est adapté aux changements de circonstances et semble avoir été le fruit d’une large collaboration. Souvent, une ou plusieurs personnes participent à la recherche initiale et à l’identification du Karmapa. Il se peut qu’une autre personne confirme cette identification par une reconnaissance officielle, et c’est encore un troisième groupe qui peut conduire l’intronisation finale. Il est donc difficile de nommer celui qui a « reconnu » tel Karmapa. Ceci souligne également qu’il est important d’avoir des avis multiples afin de garantir que, non seulement on choisit le bon candidat, mais aussi qu’est préservée l’harmonie nécessaire pour que la lignée continue à faire le bien des êtres.
 
Comme le montre clairement le tableau de la page 98, la reconnaissance du Karmapa n’est pas une tâche qui est assignée à un lama particulier de la lignée Karma Kagyu. En fait, en de nombreuses occasions, des maîtres hautement réalisés d’autres lignées ont joué un rôle clé dans la découverte, mais aussi dans la reconnaissance officielle des Karmapas. C’est Lama Ourgyènpa – un lama important de la lignée Droukpa Kagyu – qui reconnut officiellement le IIIe Karmapa. C’est d’ailleurs avec ce dernier qu’on passa d’un modèle de renaissance volontaire occasionnelle à une lignée de réincarnations bien établie. La reconnaissance du Karmapa fut accomplie deux fois par un Droukchèn Rimpoché, chef de la lignée Droukpa Kagyu, un autre ordre Kagyu, tandis que des maîtres Sakya et Nyingma jouèrent un rôle clé dans d’autres cas.
 
La reconnaissance d’un Karmapa est une tâche qui incombe généralement à quiconque avait été expressément nommé comme son ou ses régents par lui-même avant son décès. Si le Karmapa n’a pas clairement attribué cette responsabilité publiquement, le rôle sera assumé par les proches disciples à qui il avait transmis les enseignements de la lignée de son vivant. La préférence accordée aux proches disciples pour diriger la recherche s’est invariablement imposée face à d’autres considérations. Ainsi, la dévotion et la compassion se rejoignent-elles afin de réunir lama et disciple une nouvelle fois.
 

Le cas de Mikyeu Dorjé

Quand les procédures normales ne sont pas respectées, une certaine confusion peut s’ensuivre et menacer l’harmonie entre les disciples de la lignée. Les 900 ans d’histoire du Karmapa sont jalonnés d’un certain nombre d’exemples où différents groupes ont proposé différents candidats, ce qui a pu, initialement, entraîner des périodes d’incertitude ; mais des solutions furent trouvées parce que des lamas de la lignée se sont réunis pour examiner les postulants de façon ouverte et amicale. Ce fut le cas à l’époque du VIIIe Karmapa, Mikyeu Dorjé, quand, dans un premier temps, on avança le nom de deux jeunes garçons pleins de promesses, l’un venant du Tibet oriental et l’autre du Tibet occidental.
 
Il est impossible qu’existent simultanément dans le monde deux incarnations du Karmapa, car le Karmapa est un être unique. Comme le Bouddha l’expliqua dans ses discours, chaque être est doté d’un seul courant de conscience distinct qui passe de vie en vie. Un courant de conscience ne se divise jamais pour donner deux êtres, ou plus, et les courants de conscience de deux êtres ne peuvent se combiner pour n’en faire qu’un. Pour ce qui est du Karmapa, sa conscience passe d’un corps dans le suivant en un continuum unique, au cours de toutes ses incarnations. Dans d’autres lignées de réincarnations – mais pas dans celle du Karmapa – des lamas apparaissent et déploient des émanations multiples, présentes dans le monde simultanément. Dans de tels cas, la conscience du lama renaît dans un seul corps, qui est connu comme la réincarnation (yangsi ou koukyé, en tibétain). Avec ce corps comme base (trulshi), le lama produit alors de multiples émanations (trulkou), qui ne sont pas des consciences séparées, mais qui sont plutôt comprises comme étant des corps émanés à partir d’une seule conscience. Il y a toujours un seul corps qui est l’incarnation principale et la base pour d’autres émanations. Ainsi, alors qu’un seul lama peut produire de multiples émanations, ce lama n’a qu’une réincarnation et qu’un continuum de conscience. Pour ces raisons, ceux qui recherchaient le VIIIe Karmapa durent s’assurer lequel des deux garçons était la véritable – et unique – réincarnation du VIIe Karmapa.
 
Le respect mutuel et l’harmonie qui existaient entre les plus anciens lamas de la lignée, tous formés par le VIIe Karmapa, suffirent à dissiper l’incertitude. Sans s’en tenir à l’un ou l’autre postulant avec partialité ni idée de « c’est le mien », Gyaltsap Rimpoché alla rencontrer le candidat que Sitou Rimpoché avait proposé et, dès qu’il fut en la présence du jeune garçon, il eut la conviction que c’était bien son gourou, le Karmapa. Néanmoins, afin de dissiper les doutes que d’autres pouvaient avoir, Sitou Rimpoché et Gyaltsap Rimpoché élaborèrent un moyen de tester le jeune garçon, une pratique plus tard adoptée pour examiner d’autres réincarnations, y compris les Dalaï-Lamas. Une fois qu’on eut identifié quel garçon était le bon et qu’il fut intronisé, l’affaire fut close. Finalement, ce sont les vastes activités du VIIIe Karmapa, Mikyeu Dorjé – une figure remarquable et un des plus grands érudits du Tibet – qui furent la confirmation suprême que le garçon que Gyaltsap Rimpoché et Sitou Rimpoché avaient identifié était bien le Karmapa ; il s’avéra plus tard que le second garçon était la réincarnation d’un autre lama.
 

Après le XVIe Karmapa

Les procédures de reconnaissance furent ainsi respectées pour les seize premiers Karmapas, ce qui garantit que la lignée Karma Kagyu était dirigée par le véritable Karmapa et que l’harmonie était préservée, permettant à la lignée de demeurer intacte. Après la mort du XVIe Karmapa, ses quatre disciples de cœur – Shamar Rimpoché, Sitou Rimpoché, Gyaltsap Rimpoché et Jamgœun Kongtrul Rimpoché – lancèrent le processus de reconnaissance en se conformant à la fois à la tradition et à leur situation du moment.
 
Ces quatre principaux disciples étaient tous à peu près du même âge et avaient tous été instruits directement depuis leur enfance par Sa Sainteté le XVIe Karmapa. Sitou Rimpoché était la réincarnation du propre lama racine du XVIe Karmapa, le XIe Tai Sitoupa, tandis que Shamar Rimpoché était le plus haut placé dans la hiérarchie ; mais Sa Sainteté avait transmis les enseignements de sa lignée à ses quatre fils de cœur ensemble pendant qu’ils étaient sous sa responsabilité en exil. Au moment où le XVIe Karmapa décéda, il ne semble pas, de l’avis général, qu’il ait désigné un de ses quatre disciples pour assumer un rôle particulier dans la recherche de sa prochaine incarnation. En réponse à cette situation, le secrétaire général du Labrang de Tsourpou, Damcheu Yongdu – qui avait la lourde tâche de superviser l’administration des affaires du Karmapa – demanda aux quatre disciples de cœur de former un conseil de régents afin de s’occuper collectivement de la lignée pendant la période intermédiaire et de rechercher la réincarnation du XVIe Karmapa. Puisque tous quatre étaient de toute évidence ses disciples principaux et que le XVIe Karmapa n’avait publiquement confié à aucun d’eux un rôle particulier dans la reconnaissance de sa prochaine incarnation, la décision de leur demander de collaborer pour retrouver leur bien-aimé lama racine semblait parfaitement adaptée aux circonstances et être également en accord avec la tradition. Tous quatre acceptèrent de participer au conseil des régents ; ils unirent ainsi leurs capacités spirituelles et les connexions karmiques qu’ils avaient avec Sa Sainteté.
 
De bien des façons, dans le cas du XVIe Karmapa, les choses se déroulèrent comme dans les autres processus de reconnaissance. Comme en d’autres occasions dans le passé, le Gyalwang Karmapa n’avait apparemment pas laissé d’instructions explicites pour guider ses disciples vers le lieu de sa prochaine renaissance. C’est du moins ce qu’on pensa au début. Malgré leurs efforts collectifs dans la recherche d’indices supplémentaires qui pourraient leur servir à retrouver leur lama, les quatre régents firent peu de progrès. Pendant ce temps, des milliers de disciples de par le monde étaient dans l’expectative.
 
Le chagrin qu’éprouvent les disciples d’un lama réincarné n’est pas comparable à un chagrin ordinaire, car il est rendu plus léger par la compréhension que la séparation n’est pas permanente. La compassion du Karmapa pour ses disciples est palpable et son engagement de revenir est si ferme qu’il a survécu à 900 ans d’histoire. C’est avec la certitude de son retour que les disciples du XVIe Karmapa supportèrent la période qui s’écoula jusqu’à la reconnaissance du XVIIe, une certitude renforcée par la manière consciente dont le XVIe Karmapa avait quitté la vie. Cependant, pendant les années où ils attendirent la nouvelle de son retour, être séparé de leur gourou était douloureux et leur désir de le retrouver intense.
 
Les premiers signes annonçant ce retour finirent par apparaître à la fin de l’année 1990. À cette période, Sitou Rimpoché entra en retraite ; c’est au cours de cette retraite que les indications auxquelles les disciples de cœur du Karmapa avaient aspiré et pour lesquelles ils avaient prié devaient finir par se dévoiler.
 

La compassion du lama, la dévotion des disciples

Pendant sa retraite, Sitou Rimpoché se souvint d’une amulette de protection que le XVIe Karmapa lui avait donnée en lui disant qu’elle lui serait très utile un jour. « C’est une protection très importante », avait dit le Gyalwang Karmapa. « Elle vous sera très bénéfique. » À l’époque, Sitou Rimpoché avait supposé que Sa Sainteté voulait parler de la protection habituelle qu’apportent de telles amulettes, mais, se souvenant de ces remarques pendant la retraite, il s’enhardit à défaire les points qui la fermaient. À l’intérieur, il trouva une enveloppe cachetée, portant une inscription de la main de son vénéré maître : « À ouvrir pendant l’année Cheval-Fer », précisément l’année alors en cours, selon le calendrier tibétain.
 
Étant donné que ce qu’il avait entre les mains pouvait s’avérer d’une importance capitale et qu’il était conscient de partager la responsabilité avec les trois autres lamas de la lignée, Sitou Rimpoché reporta la lecture de la lettre à un moment où ils pourraient le faire ensemble. Dix ans déjà s’étaient écoulés depuis le décès du XVIe Karmapa, mais la force de sa présence les avait maintenus très proches les uns des autres. En son absence, ses disciples de cœur avaient commencé à développer leurs propres activités à divers degrés et ils avaient leurs propres agendas de voyage. Il fallut plus d’un an avant que les quatre disciples ne se retrouvent, en réponse aux requêtes de Sitou Rimpoché, afin de tenir une réunion sur la question. Finalement, en mars 1992, les quatre disciples se réunirent au siège monastique de Rumtek, au Sikkim, et le contenu de la lettre de prédiction tant attendue put être lu. Jamgœun Kongtrul Rimpoché nota par écrit l’interprétation qu’ils firent de la lettre, y compris de ses allusions plus poétiques. Ce que la lettre contenait, c’était le nom du père et de la mère du XVIIe Karmapa – Deundroup et Lolaga –, une référence à l’environnement nomade, ainsi que le nom de la région et une partie du nom de la vallée où il devait naître.
 
Comme Jamgœun Kongtrul Rimpoché le dit à un documentariste quelques jours plus tard, les instructions du Gyalwang Karmapa sont « très claires. Elles sont très claires et très précises. Voilà pourquoi nous sommes sûrs de trouver Sa Sainteté. » À la suggestion du conseil des régents, Jamgœun Kongtrul Rimpoché accepta la responsabilité de se rendre au Tibet pour retrouver la réincarnation du Karmapa. Mais un terrible accident de voiture lui coûta la vie avant qu’il ait pu accomplir sa mission.
 
Sitou Rimpoché et Gyaltsap Rimpoché envoyèrent alors au Tibet de vénérables membres de leur entourage afin d’organiser la recherche, en coopération avec des responsables du monastère de Tsourpou, le siège historique des Karmapas au Tibet. Muni des indications sans ambiguïtés que le XVIe Karmapa avait données dans sa lettre, le groupe réussit à trouver un enfant exceptionnel dont le père et la mère s’appelaient respectivement Deundroup et Lolaga et qui étaient nomades dans la région et la vallée correspondant aux noms indiqués dans la lettre. L’adéquation entre la prédiction laissée par le XVIe Karmapa et la naissance du XVIIe n’aurait pu être plus exacte. Quand l’annonce que la recherche avait été couronnée de succès parvint à Sitou Rimpoché et à Gyaltsap Rimpoché, ils communiquèrent immédiatement l’heureuse nouvelle à Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Le Dalaï-Lama avait auparavant fait un rêve remarquable qui correspondait à ce que le groupe de recherche de Tsourpou avait trouvé ; il fit ensuite d’autres investigations en utilisant des méthodes traditionnelles. Ainsi, grâce à la force de sa propre vision, Sa Sainteté le Dalaï-Lama établit-il que ce garçon était bien la réincarnation du XVIe Karmapa et il fournit la confirmation officielle de cette reconnaissance.
 
La rencontre avec le XVIe Karmapa avait transformé de façon radicale la vie de dizaines de milliers de personnes dans le monde. Sa présence éveillée avait fait germer des graines de bonté en d’innombrables disciples et leur connexion avec lui avait été une source incroyable de joie et d’espoir. Non seulement les quatre disciples de cœur, mais des milliers d’autres personnes ressentirent la douleur de leur ardente aspiration durant ces longues années sans signe de retour. La peine d’être séparé de leur lama, qui avait duré plus d’une décennie, se dissipa en un instant quand ils apprirent la nouvelle : on a retrouvé le Karmapa ! De nombreux disciples ont versé des larmes d’une joie immense. Des familles se sont réunies pour fêter ensemble l’événement, dansant et partageant leur bonheur comme ils l’auraient fait pour accueillir un enfant longtemps désiré. Pour beaucoup, la nouvelle du retour de leur maître spirituel fut comparable aux retrouvailles d’une mère avec son enfant après une longue séparation.
 
Une fois la découverte accomplie, le groupe de recherche au Tibet prit contact avec le gouvernement chinois afin d’obtenir les autorisations nécessaires pour ramener le jeune garçon à son siège au Tibet central, de façon qu’il puisse assumer son rôle de Karmapa. Les autorités donnèrent leur accord et le gouvernement chinois effectua plus tard une reconnaissance officielle de cette réincarnation. De fait, même si cette reconnaissance semblait un signe de l’assouplissement de leur politique restrictive concernant la pratique de la religion, ils utilisèrent cette occasion pour affirmer leur droit de contrôler tous les aspects de la vie au Tibet. Quoi qu’il en soit, ceci ouvrit la voie à l’intronisation du XVIIe Karmapa qui devait se tenir au siège monastique fondé par le tout premier Karmapa, Dusoum Khyènpa. Sitou Rimpoché et Gyaltsap Rimpoché en personnes se rendirent au Tibet pour conduire la cérémonie d’intronisation, qui eut lieu au monastère de Tsourpou. Une nouvelle fois, le 27 septembre 1992, le Karmapa s’installa à son siège et, pour des centaines de milliers de disciples dans le monde, ce fut la fin d’une attente fervente, après plus d’une décennie. Le processus de reconnaissance était terminé.
 
Rien ne pouvait assombrir la joie pure de savoir que la réincarnation de leur lama avait été retrouvée. Pendant douze ans, les disciples du XVIe Karmapa s’étaient contentés de visualiser leur lama sous son apparence précédente au sommet de leur tête ou dans leur cœur. Maintenant, ils pouvaient enfin voir leur gourou bien-aimé dans sa nouvelle incarnation dans son siège historique, au monastère de Tsourpou. Ils pouvaient à nouveau entendre sa voix et renouer la riche relation qu’ils avaient avec lui, leur gourou éveillé qui les guiderait jusqu’à leur propre éveil. Les innombrables disciples du XVIe Karmapa voyaient leur désir le plus profond enfin comblé.
 

Le rôle historique du Dalaï-Lama

Les raisons sont nombreuses pour lesquelles les Karmapas se font reconnaître par leurs disciples au cours de leurs renaissances successives. L’une d’elles est que renouer des relations avec les disciples est la façon la plus efficace de continuer à les guider jusqu’à l’éveil. En outre, puisqu’il est son chef, la présence dans le monde d’un Karmapa reconnu comme tel est nécessaire à la continuité de l’école Karma Kagyu et à son action vaste pour le bien d’innombrables êtres. Voilà pourquoi il est arrivé que, même après la fin du processus de reconnaissance, on ait eu besoin d’un consensus social plus large, de façon à permettre le déploiement de l’activité du Karmapa. En pareil cas, les maîtres Karma kagyupas et les Karmapas eux-mêmes ont accepté la reconnaissance officielle de leur identité en tant que Karmapa par diverses autorités politiques. Le Dalaï-Lama est le chef politique du Tibet, ainsi que son chef religieux depuis le XVIIe siècle et la période du gouvernement du Palais de Gandèn au Tibet (Voir page 34). Les Dalaï-Lamas ou leurs régents ont confirmé officiellement la reconnaissance de tous les Karmapas, à partir du XIe. Par exemple, le VIIe Dalaï-Lama confirma la reconnaissance du XIIIe Karmapa, tandis que ce fut le XIIIe Dalaï-Lama qui endossa la reconnaissance du XVIe Gyalwang Karmapa. En termes pratiques, la reconnaissance du Dalaï-Lama ou de son bureau est requise non seulement pour les Karmapas, mais pour toutes les grandes réincarnations des différentes écoles du bouddhisme tibétain, ainsi que pour des maîtres importants qui ont des titres héréditaires, tels que Sakya Trizin de l’école Sakya et Minling Trichèn de l’école Nyingma.
 
Bien qu’il soit opportun d’accepter la reconnaissance par le Dalaï-Lama en tant qu’autorité politique du Tibet, le titre de Karmapa ne correspond ni à une position élective, ni à une nomination négociée. Le Karmapa est un être qui se réincarne volontairement, de vie en vie depuis le XIe siècle, par compassion pour le monde. « Karmapa » est le nom donné à cette série de réincarnations qui commença avec Dusoum Khyènpa et le XVIIe Karmapa est simplement la réincarnation du XVIe Karmapa. Identifier la réincarnation du Karmapa demande d’avoir la capacité à interpréter un certain nombre de signes indiquant qu’il a repris naissance, ce qui suppose une capacité à lire dans les vies passées. C’est donc une question qui relève de la décision de maîtres spirituels hautement réalisés.
 
De nos jours, l’autorité de Sa Sainteté le XIVe Dalaï-Lama pour la confirmation du véritable Karmapa n’émane pas tant de son rôle politique que de son rang universellement respecté en tant que maître spirituel. Le fait que le Dalaï-Lama ait atteint un niveau élevé de développement spirituel et que son intégrité éthique soit impeccable – ainsi que sa neutralité en la matière –, tout ceci garantit sa capacité à établir qui est ou n’est pas le Karmapa.
 
Finalement, c’est de la décision collective de la majorité des disciples de cœur formant le conseil des régents que les disciples de la lignée Karma Kagyu peuvent puiser leur confiance dans le processus de reconnaissance du XVIIe Karmapa. Leur conviction peut se nourrir de la lettre de prédiction qui donne des détails clairs sur le passage conscient du Karmapa d’une vie à la suivante. Savoir que la vision infaillible de Sa Sainteté le Dalaï-Lama a confirmé la reconnaissance faite par les maîtres de la lignée Karma Kagyu peut leur permettre d’approfondir leur certitude. Ceux qui ont eu la grande fortune de faire, par eux-mêmes, l’expérience de sa présence éveillée savent que des rencontres directes avec Sa Sainteté Karmapa peuvent générer une profonde confiance, car la présence éveillée de ce grand être est tout simplement indéniable.
 
Pourtant, pour aussi incontestables que soient tous ces facteurs, comme dans le cas du VIIIe Karmapa, Mikyeu Dorjé, ce sont les actes eux-mêmes qui offrent l’ultime confirmation que le jeune garçon reconnu par Sitou Rimpoché et Gyaltsap Rimpoché est bien le Karmapa. Quand on observe les activités du XVIIe Karmapa, Ogyèn Trinlé Dorjé, et qu’on écoute le dharma à la fraîcheur percutante qu’il enseigne, il est clair qu’on est en présence des qualités personnelles et de l’œuvre vaste d’un Karmapa en action.
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