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Du IIe au XVe Karmapa

Le courant de réincarnations dont Dusoum Khyènpa fut l’initiateur s’est poursuivi pendant ces neuf derniers siècles. À chaque nouvelle vie et sur un terrain historique changeant, les réincarnations de Dusoum Khyènpa ont trouvé de nouveaux chemins pour la progression du dharma et des disciples qu’elles conduisent vers l’éveil.
 
Le IIe Karmapa, Karma Pakshi. Avec l’aimable autorisation de la Collection Michael J. et Beata McCormick. www.himalayanart.orgEn périodes de troubles comme en périodes de paix, les incarnations du Karmapa n’ont cessé de revenir, s’adaptant continuellement aux temps qui changent afin de trouver les meilleures façons de continuer leur œuvre pour le bien des êtres et du dharma. Dans les périodes où les enseignements Karma kagyupas étaient très florissants, les réincarnations de Dusoum Khyènpa présidaient à de larges assemblées dans leurs sièges principaux et se déplaçaient en longues caravanes à travers tout le plateau tibétain afin de toucher ceux qui ne pouvaient venir à eux. Dans les périodes défavorables, elles protégeaient les progrès accomplis et cherchaient d’autres moyens d’être bénéfiques. Quand les conditions étaient propices à leur activité, elles prenaient soin de leurs disciples et transmettaient les enseignements de la lignée. Quand les conditions n’étaient pas propices, elles prenaient soin de leurs disciples, transmettaient les enseignements de la lignée et imaginaient de nouvelles formes d’activité.
 
Le nom même de cette lignée de réincarnation, Karmapa, signifie littéralement : « Celui qui accomplit l’Activité », et indique que le Karmapa met en œuvre les activités éveillées des bouddhas. Puisque les bouddhas eux-mêmes ont des capacités illimitées, l’activité des bouddhas n’est, par définition, contrainte que par les limites du possible. Historiquement, les réincarnations du Karmapa ont parfois testé les limites de ce qui semble ordinairement possible en mettant en valeur de nouvelles sphères d’activité d’une vie à l’autre. Elles ont ainsi grandement contribué à la culture tibétaine grâce à leurs productions littéraires et artistiques ; elles ont aussi façonné l’histoire de leur pays en agissant fréquemment comme artisans de la paix.
 
Toutes les activités du Karmapa, comme toutes les activités des bouddhas, sont animées par la volonté de libérer les êtres de la souffrance et de les conduire à la plus haute forme de bonheur. Parce que ces activités émanent d’un être dont l’esprit est sans limite, elles se manifestent sous autant de formes qu’il y a d’êtres qui souffrent. Le Ve Karmapa, Déshin Shègpa, déclara qu’il était né pour guider l’empereur de Chine et, de la réalisation de cet objectif, résultèrent des siècles de paix au Tibet. Le Xe Karmapa, Cheuying Dorjé, vécut à une époque où les conditions extérieures étaient extrêmement défavorables, mais il mit beaucoup d’énergie dans la création d’œuvres d’art et la composition de poésies, profondes sources d’inspiration. Le XVIIe Karmapa naquit au Tibet sous le régime communiste et, à l’âge de 14 ans, il brava les dangers de la traversée de l’Himalaya pour se rendre en Inde, dans l’espoir d’y trouver les conditions qui lui permettraient d’exercer pleinement sa fonction.
 
Faisant preuve de la même ténacité et du même engagement farouche que celui que Dusoum Khyènpa déploya de son vivant, chacun des Karmapas successifs a cultivé la bonté, quel que soit le sol qu’il ait trouvé. Témoignant d’un pouvoir créatif comparable à celui observé chez Dusoum Khyènpa quand il fonda l’institution des lamas réincarnés, tous les Karmapas ont réussi à produire la plus abondante des récoltes, laissant toujours la terre plus riche qu’ils ne l’ont trouvée.
 

Le IIe Karmapa, Karma Pakshi (1206-1283)

b6 6Dusoum Khyènpa revint sous la forme de Karma Pakshi, comme il l’avait prédit dans une lettre qu’il laissa à son disciple de cœur, Drogœun Réchèn (1148-1218). Plus tard, Pomdrakpa (1170-1249), disciple de Drogœun Réchèn, eut des visions étonnamment claires lui révélant que Karma Pakshi était bien la réincarnation de Dusoum Khyènpa. Premier personnage de l’histoire à être identifié comme réincarnation d’un maître, il incomba à Karma Pakshi de montrer des qualités exceptionnelles, afin de dissiper les doutes qui ne manqueraient pas de s’élever. C’est pourquoi, Karma Pakshi est renommé pour être l’un des plus grands maîtres de l’histoire tibétaine quant à ses pouvoirs miraculeux et on le compare souvent à Padmasambhava dans ce domaine.
 
Le Karmapa entreprend généralement des activités particulières, qui sont au centre de l’œuvre de chaque vie. L’acte majeur de Karma Pakshi fut de dompter l’esprit de Meungké Khan (1209-1259), qui progressa rapidement sous sa direction spirituelle. À l’origine, Karma Pakshi s’était rendu à la cour de son frère, Kubilai (qui régna de 1260 à 1294), mais il quitta la cour plutôt que d’être impliqué dans ses nombreuses intrigues politiques. Quand Kubilai Khan succéda à Meungké Khan comme empereur il chercha, amèrement contrarié par cet affront antérieur, à faire emprisonner Karma Pakshi et même à le faire assassiner, mais sans succès. L’équanimité et la compassion de Karma Pakshi pendant cette persécution déclenchèrent plus tard un revirement complet chez l’empereur, qui s’excusa et demanda à Karma Pakshi de lui enseigner le dharma. « Pakshi » est un titre mongol qui signifie « Grand Enseignant ».
 
 

Le IIIe Karmapa, Rangjoung Dorjé (1284-1339)

b6 7On dit que le dharma se présente sous deux formes : les mots tels qu’on les trouve dans les textes, et les réalisations qui s’élèvent dans l’esprit des êtres. Le IIIe Karmapa apporta une remarquable contribution à ces deux formes, grâce aux importantes œuvres qu’il composa et encouragea à écrire, et grâce aux accomplissements spirituels de ses disciples. En général, la grandeur des disciples est la marque qui atteste de la grandeur de l’enseignant ; les disciples de Ranjoung Dorjé qui obtinrent des siddhis sont au nombre de quatre-vingts.
 
Pour ce qui est du dharma des textes, Rangjoung Dorjé prit une part active à l’effort de compilation et d’édition des recueils du canon bouddhiste de son époque. Dans les années 1330, entre deux voyages en Chine destinés à enseigner à la cour impériale, il commandita une édition de la collection canonique complète des commentaires indiens, connus sous le nom de Tengyour et fit don des documents nécessaires. Cette édition fut écrite à la main en lettres d’or et d’argent. On l’appela le Tengyour d’or et c’est, pense-t-on, la toute première édition au Tibet du canon des commentaires écrite en lettres d’or. Étant lui-même un auteur prolifique, Rangjoung Dorjé composa les Cent Vies passées du maître, magnifique œuvre qui dépeint cent des vies passées du Bouddha. Jusqu’à cette œuvre inspirée de Rangjoung Dorjé, le plus long recueil des vies passées du Bouddha s’était arrêté à trente-quatre, le reste ayant été perdu avec le temps.
 
 
 
 
 

Le IVe Karmapa, Rolpé Dorjé (1340-1383)

b6 8Les activités du IVe Karmapa ont laissé des marques durables non seulement dans le domaine spirituel, mais aussi dans celui de la culture et de l’histoire tibétaines. C’est Rolpé Dorjé qui créa le Grand Campement des Karmapas : il transforma son entourage de plus en plus nombreux en une communauté mobile et structurée de pratique méditative, d’étude et de création artistique. Plutôt que d’attendre la venue des disciples dans ses principaux centres, Rolpé Dorjé pouvait ainsi aller vers eux et offrir le dharma là où c’était nécessaire, dans tout le Tibet.
 
Le IVe Karmapa vécut à une époque de conflits prolongés entre les ordres Sakya et Drigoung Kagyu. Il assuma, avec courage et habileté, un rôle actif de conciliateur dans cette querelle complexe. À cette fin, il échangea des initiations avec Seunam Gyaltsèn (1312-1375), un des lamas sakyapas de plus haut rang, marquant ainsi de façon forte son respect et son appréciation pour les enseignements de cette école ; mais il affecta aussi des moyens matériels à la restauration du monastère de Drigoung. Avec sagesse, Rolpé Dorjé cultiva des relations harmonieuses avec les deux parties, utilisant son influence pour œuvrer à la paix entre elles. En outre, le IVe Karmapa joua un rôle dans les débuts de ce qui deviendrait la plus grande école du Tibet, l’école Guéloug, quand il donna les vœux de fidèle laïc à Jé Tsongkhapa (1357-1419) alors qu’il était enfant. Il prédit qu’il jouerait un rôle important pour l’avenir du bouddhisme au Tibet.
 
 
 
 

Le Ve Karmapa, Déshin Shègpa (1384-1415)

b6 9Quand le Ve Karmapa eut une vingtaine d’années, il accepta une invitation du souverain de Chine, l’empereur Yonglé de la dynastie Ming, à se rendre en Chine pour y enseigner à la cour impériale et pour accomplir les cérémonies funèbres pour les parents de l’empereur. Bien que sa position en tant que lama de l’empereur ait accordé à Déshin Shègpa une influence et un pouvoir énormes, il refusa toujours de les exercer pour promouvoir sa propre école. La dynastie Yuan, comme le feront plus tard les empereurs de la dynastie Qing, avait envoyé au Tibet des forces militaires avec le consentement ou l’encouragement de personnalités religieuses tibétaines. Mais quand le Ve Karmapa reçut une proposition de l’empereur Yonglé d’envoyer au Tibet des forces militaires pour restreindre les activités des autres écoles et pour soutenir l’école Karma Kagyu, on raconte que Déshin Shègpa répondit que le Tibet avait besoin de traditions diverses, qui convenaient à la variété des prédispositions et des besoins des disciples, et que chaque école apportait sa propre contribution. Il réussit ainsi à éviter l’invasion planifiée du Tibet par l’empereur Ming. Grâce à la vision incontestablement éveillée du Ve Karmapa et à sa réponse habile face aux ambitions de l’empereur, la dynastie Ming (1368-1644) fut convaincue de ne pas poursuivre ses desseins impériaux au Tibet. Le fait que, pendant les trois siècles du règne Ming, le Tibet fut à même de conduire ses affaires religieuses et séculaires sans interférence extérieure fut une contribution durable du Ve Karmapa et peut être compté au nombre de ses activités éveillées majeures.
 
 
 
 

Le VIe Karmapa, Tongwa Deundèn (1416-1452)

b6 10Le VIe Karmapa, Tongwa Deundèn, fut le premier Karmapa en deux siècles à décliner l’invitation de l’empereur de Chine à venir enseigner à sa cour. L’activité du Ve Karmapa ayant posé les bases pour des siècles de relations pacifiques entre la Chine et le Tibet, le VIe put rester en territoire tibétain et concentrer son énergie sur des questions plus proches.
 
Durant toute sa vie, le VIe Karmapa accomplit des retraites de méditation, parcourut le Tibet avec le Grand Campement, du Kham au Kongpo en passant par le U, enseignant à de larges assemblées et restaurant les monastères qu’il trouvait en mauvais état.
 
Un des actes majeurs du VIe Karmapa fut de revigorer en profondeur les pratiques rituelles et tantriques de la lignée Karma Kagyu. Tongwa Deundèn entreprit très jeune la composition de rituels tantriques et élabora un grand nombre de manuels de méditation et de rituels. À la fin de sa vie, Tongwa Deundèn avait créé un corpus liturgique complet qui forme toujours la base de l’activité rituelle dans la lignée Karma Kagyu. Chaque fois qu’un pratiquant Karma Kagyu récite une des compositions rituelles nées de l’esprit de Tongwa Deundèn, il met en œuvre la contribution durable qu’il a apportée et rend présente son activité éveillée.
 
 
 
 
 
 

Le VIIe Karmapa, Cheudrak Gyatso (1454-1506)

b6 11C’est pendant la vie du VIIe Karmapa que le Grand Campement des Karmapas connut son plus bel essor, ce qui valut au hiérarque le qualificatif de « Cheudrak Gyatso du Grand Campement ». Cheudrak Gyatso fut à l’origine de l’organisation de gigantesques réunions de prières à l’occasion des principales fêtes bouddhistes, créant un précédent à l’actuel Kagyu Meunlam Chènmo.
 
Cheudrak Gyatso, grand lettré, introduisit un institut d’études (shédra) au sein même du Grand Campement ; il créa également un shédra au monastère de Tsourpou. Érudit accompli, le VIIe Karmapa fut l’auteur d’un certain nombre de commentaires de traités de philosophie indienne. Son texte sur l’épistémologie – l’Océan du Raisonnement, comprenant de multiples volumes – demeure l’une de ses œuvres essentielles, avec son commentaire sur l’Abhisamayalaṅkāra, la Lampe des Trois Mondes.
 
Même si ces compositions furent ses actes les plus significatifs, les diverses activités de Cheudrak Gyatso pour le bien des êtres inclurent aussi la construction de ponts, la résolution de querelles intestines et la protection des animaux. Comme cela avait été le cas depuis le début du Grand Campement, absolument aucune viande n’était consommée, ni même autorisée, dans son enceinte.
 
 
 
 
 

Le VIIIe Karmapa, Mikyeu Dorjé (1507-1554)

b6 12Mikyeu Dorjé fait partie des plus grands érudits que le Tibet ait jamais produits. Il participa activement aux rigoureux débats intellectuels de l’époque et apporta des contributions majeures dans pratiquement tous les domaines de l’étude de textes. Sanscritiste accompli, il écrivit des grammaires sanscrites, ainsi que des œuvres qui allaient de la poésie à l’art et au tantra. Les écrits volumineux du VIIIe Karmapa incluent des commentaires substantiels des principaux textes sanscrits, qui clarifient des points confus et approfondissent leur sens interne.
 
La composition de textes philosophiques dans la lignée Karma Kagyu – lignée entièrement dédiée à l’obtention de la réalisation par la pratique – n’a absolument rien à voir avec la production de textes philosophiques dans un cadre universitaire ou scolastique moderne. Les œuvres philosophiques de Mikyeu Dorjé enseignent plutôt la façon de considérer la réalité afin d’être libéré des cycles de la souffrance samsarique. En tant que telles, ses compositions sont un acte suprême de bonté.
 
On dit que le fait que Mikyeu Dorjé ait consigné sa vision et sa compréhension dans ses commentaires eut pour effet de doubler ou de tripler la durée de vie de la lignée Karma Kagyu.
 
 
 
 
 
 
 
 

Le IXe Karmapa, Wangchouk Dorjé (1556-1603)

b6 13Dans sa neuvième réincarnation, en tant que Wangchouk Dorjé, le Karmapa eut à nouveau comme activité principale la composition de textes destinés à guider sa génération et les suivantes. Contrairement à Mikyeu Dorjé et à son large corpus de textes, Wangchouk Dorjé se concentra essentiellement sur le mahāmudrā.
 
Enraciné dans la rencontre directe avec la réalité ultime, le mahāmudrā est souvent décrit comme au-delà des mots et au-delà des concepts. L’approche du mahāmudrā doit en général se faire sous la direction personnelle d’un enseignant qualifié qui peut mener ses disciples à l’expérience directe de la nature de l’esprit. Wangchouk Dorjé acceptait donc une tâche d’explication qui représentait un énorme défi, puisque le mahāmudrā, de par sa nature même, échappe à la formulation conceptuelle.
 
Néanmoins, la réalisation qu’avait Wangchouk Dorjé du mahāmudrā se combina à son exceptionnelle habileté à l’expliquer, ce qui engendra trois textes : l’Océan du sens définitif, le Doigt qui montre le Dharmakaya et le Mahāmudrā qui dissipe les ténèbres de l’ignorance. Ces trois œuvres forment la base de l’explication du mahāmudrā dans la lignée Karma Kagyu aujourd’hui. Comme le fit remarquer un Karmapa ultérieur, sans ces textes de Wangchouk Dorjé, la lignée Karma Kagyu aurait bien peu d’œuvres sur lesquelles s’appuyer pour expliquer la pratique du mahāmudrā.
 
 
 
 

Le Xe Karmapa, Cheuying Dorjé (1604-1674)

b6 14Le Xe Karmapa vécut à une époque de turbulences qui amena des changements dramatiques dans la position de la lignée Karma Kagyu au Tibet. Pourtant, sa réaction à ces changements fournit un exemple inspirant de persévérance, d’équanimité et de pure bonté face à l’adversité. Le sectarisme du XVIIe siècle entraîna le retour des forces mongoles sur le sol tibétain. En une seule attaque, le Grand Campement fut détruit et ses résidents tués. Seuls Cheuying Dorjé et un serviteur réussirent à s’enfuir, prenant finalement le chemin du royaume indépendant de Lijiang, très loin à l’est. Bien que Cheuying Dorjé se soit trouvé privé des conditions habituelles à la diffusion des enseignements de sa lignée, il fut une source d’inspiration pour les souverains de Lijiang, qui devinrent des soutiens dévoués, lui offrant un refuge accueillant et une nouvelle base pour ses activités. De façon à sauvegarder l’avenir de la lignée, le Xe Karmapa aurait fait des incursions secrètes au Kham et en Amdo, voyageant incognito, pour ramener le VIe Taï Sitoupa et d’autres jeunes incarnations Karma kagyupas au Lijiang afin de les éduquer. En même temps, la créativité et la détermination qui caractérisent le Karmapa permirent à Cheuying Dorjé de trouver d’autres activités et de donner de la beauté au monde. En effet, le Xe Karmapa créa au moins une représentation sacrée chaque jour de sa vie d’adulte.
 
 
 
 
 
 
 
 

Le XIe Karmapa, Yéshé Dorjé (1676-1702)

Le XIe Karmapa, Yéshé Dorjé (1676-1702)À la suite de Dusoum Khyènpa, il arriva fréquemment que les Karmapas reprennent naissance dans le Kham, établissent des liens avec les monastères Karma kagyupas au Tibet oriental et parcourent ensuite le long chemin qui les mène s’installer au monastère de Tsourpou au Tibet central. Ceci permit à la lignée Karma Kagyu de maintenir des liens forts avec des territoires géographiquement très dispersés. Yéshé Dorjé suivit ce modèle et s’engagea bientôt dans les activités traditionnelles des Karmapas. Après son intronisation officielle à Tsourpou, il accomplit la cérémonie de la Coiffe Noire, prit l’ordination monastique, reçut les transmissions de la lignée et étudia les textes sacrés. Il étudia aussi bien auprès de maîtres nyingmapas que de maîtres kagyupas, dont Yongué Mingyour Rimpoché.
 
Comme Cheuying Dorjé avant lui, Yéshé Dorjé bénéficia de conditions beaucoup moins favorables que les Karmapas précédents pour œuvrer largement au bien du monde. Cependant, il agit au mieux en fonction des conditions rencontrées ; il répara les vastes dommages infligés à Tsourpou par l’armée mongole, s’occupa de ses disciples et instruisit de nouveaux lamas de la lignée. De toutes les réincarnations du Karmapa, Yéshé Dorjé fut celui qui eut la vie la plus courte, quittant ce monde à l’âge de vingt-sept ans. Durant sa brève existence, il travailla avec une tranquille détermination à protéger ce qui lui avait été légué par les vicissitudes de l’histoire.
 
 
 

Le XIIe Karmapa, Jangchoub Dorjé (1703-1732)

b6 16Jangchoub Dorjé fut lui aussi confronté à des conditions défavorables pour la lignée et il accorda beaucoup d’attention à ses liens avec les plus grands lamas Karma kagyupas. Il éduqua comme son fils de cœur le VIIIe Tai Sitoupa Cheukyi Joungné (1700-1774), aussi connu sous le nom de Sitou Panchèn en reconnaissance de son immense érudition. Le VIIIe Sitoupa devint un grand bienfaiteur des arts, ainsi qu’un érudit prolifique, qui édita et supervisa la gravure sur planches xylographiques des recueils canoniques du Kangyour et du Tèngyour au monastère de Dergué au Kham.
 
Le XIIe Karmapa entreprit un pèlerinage au Népal et en Inde, emmenant avec lui Sitou Panchèn ainsi que le VIIIe Shamar Rimpoché et le VIIe Goshir Gyaltsap Rimpoché. En arrivant dans la vallée de Katmandou, ils furent accueillis avec les honneurs par le roi du Népal. Au moment de la visite du Karmapa, une épidémie ravageait la vallée et on lui demanda de la chasser. Il accomplit une cérémonie de bénédiction liée à Avalokiteśvara et l’épidémie prit fin, ce qui lui valut la dévotion et la gratitude du roi. Pendant ce temps, Sitou Panchèn, éminent spécialiste du sanscrit, put débattre en sanscrit avec les pandits locaux. Après avoir enseigné au Népal quelque temps, Jangchoub Dorjé et son groupe poursuivirent leur pèlerinage et visitèrent les lieux sacrés du bouddhisme en Inde.
 
 
 
 
 
 

Le XIIIe Karmapa, Dudul Dorjé (1733-1797)

b6 17Au cours des trois incarnations précédentes, les relations entre le gouvernement de Lhassa et l’ordre Karma Kagyu s’étaient avérées difficiles. Grâce à son extraordinaire habileté, Dudul Dorjé réussit à amorcer le processus d’amélioration de cette relation, ce qu’il fit non par la négociation politique, mais par le simple exercice de ses pouvoirs spirituels. Une année où la rivière Kyichou avait débordé et menaçait d’inonder Lhassa, on se rappela que, plusieurs siècles auparavant, Padmasambhava avait fait une prophétie à ce sujet, suggérant que, si un jour Lhassa était menacée d’inondation, il faudrait demander l’aide du Karmapa. Quand les responsables de la ville demandèrent dûment l’assistance de Dudul Dorjé, celui-ci composa une lettre spéciale à placer sur les eaux en crue et, depuis Tsourpou, il invoqua la compassion d’Avalokiteśvara. Les eaux baissèrent et, avec elles, un peu de l’animosité qui avait compliqué la relation des Karma kagyupas avec le gouvernement de Lhassa. Plus tard, il se rendit à Lhassa, et l’on dit que, quand il offrit une écharpe blanche à la statue du Jowo, les bras de celle-ci bougèrent et sont restés dans cette nouvelle position depuis lors. Dudul Dorjé fut aussi reçu par le VIIIe Dalaï-Lama, en marque de gratitude pour son intervention opportune lors de la menace d’inondation. Le XIIIe Karmapa était largement connu pour son immense compassion envers les êtres. La force de sa compassion était si évidente que les animaux s’attroupaient autour de lui sans y être contraints : les oiseaux, les souris, les chats, les lapins et les abeilles. On dit qu’il put ainsi, d’une certaine manière, leur transmettre le dharma.
 
 

Le XIVe Karmapa, Tèkchok Dorjé (1798-1868)

b6 18Dès son jeune âge, le XIVe Karmapa montra son aptitude à l’activité éveillée dans un large éventail de domaines. Il était renommé pour son ascétisme et son observance stricte de la discipline monastique, inspirant à ceux qui l’entouraient le souhait d’atteindre eux aussi le même niveau élevé de pratique. Artiste talentueux, il consacra beaucoup de temps à l’écriture poétique. On peut encore voir aujourd’hui un exemple durable de sa créativité dans la cour des monastères de Tsourpou et de Rumtek. C’est lui qui fut à l’origine du rituel de danse particulier de Padmasambhava (ou cham) qui devint une tradition de Tsourpou, ainsi que de la danse cham de Vajrakilaya. Les deux pratiques de danses rituelles firent partie des coutumes de Tsourpou jusqu’en 1959, quand le XVIe Karmapa partit en exil. De nos jours, elles sont préservées au monastère de Rumtek au Sikkim, tandis que Tsourpou ne conserve que la danse de Padmasambhava. Tèkchok Dorjé joua un rôle actif dans le mouvement Rimé, ou non-sectaire, qui commença à se répandre au Tibet oriental de son vivant, présageant son implication future en tant que XVe Karmapa. Il échangea des enseignements avec les maîtres Rimé Jamgœun Kongtrul Lodreu Thayé (1813-1899) et Chogyour Lingpa (1829-1870).
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le XVe Karmapa, Khakhyab Dorjé (1871-1922)

b6 19Dès sa reconnaissance et son intronisation en tant que XVe Karmapa, Khakhyab Dorjé maintint les liens de sa précédente incarnation avec le mouvement Rimé du Tibet oriental. Khakhyab Dorjé fut reconnu par un groupe de lamas qui comprenaient deux des figures majeures du mouvement : Jamyang Khyèntsé Wangpo (1820-1892) et Jamgœun Kongtrul Lodreu Thayé. Dès son jeune âge, Khakhyab Dorjé tourna toute son énergie vers son éducation, recherchant les enseignants les plus érudits et s’appliquant à l’étude avec d’excellents résultats. À l’âge de quinze ans, il quitta Tsourpou et se rendit au monastère de Palpoung pour rencontrer Jamgœun Kongtrul Lodreu Thayé, de qui il reçut la totalité de la transmission Kagyu et la vaste collection de textes rassemblés par Lodreu Thayé sous le nom des Cinq Trésors. Depuis Palpoung, le XVe Karmapa parcourut le Tibet oriental, à la recherche d’autres transmissions et d’autres maîtres : Sakya, Nyingma, Droukpa Kagyu, Shangpa Kagyu et sa propre tradition Karma Kagyu. Ainsi, Khakhyab Dorjé incarna-t-il pleinement l’esprit d’intégration et d’ouverture qui caractérisait le mouvement Rimé.
 
Le mouvement Rimé allait bien au-delà d’un simple regard tolérant à l’égard des différentes écoles et devint un courant actif qui englobait la sagesse préservée par toutes les lignées. Arrivant après des siècles de querelles sectaires qui firent courir à de nombreuses lignées le risque de disparaître, le mouvement se fixa notamment pour objectif de partager les transmissions afin d’assurer leur pérennité, étant animé de la volonté d’une bienveillance mutuelle pour le bien de tous.
 
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