Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, rappelons que Akong Rinpotché est l'un des pre-miers Lamas venus en Occident après les événements dramatiques survenus au Tibet en 1959.
En 1968 il fonda, avec feu Chögyam Trungpa Rinpotché, le premier centre bouddhiste tibétain en dehors de l'Asie, Kagyu Samyé Ling en Écosse, nommé d'après Samyé, le premier monastère fondé au Tibet par Gourou Padmasambhava au 8 ème siècle.
Depuis plusieurs années, Akong Rinpotché transmet son enseignement principalement par des initiations. Dans le Bouddhisme tibétain, l'initiation constitue la transmission du pouvoir de pratiquer avec succès une certaine médita-tion, comportant la visualisa-tion du Bouddha ou de la divinité à laquelle l'initiation est liée, la récitation du mantra et la méditation sur la vacuité de l'esprit. Cette transmission ("Wang" en tibétain, signifiant "pouvoir" ou "force") n'est certes pas une indication que la personne qui la reçoit a réellement accompli les qualités symbolisées par la forme du Bouddha en question, celles-ci ne pouvant être réalisées que par une pratique assidue. Elle constitue néanmoins la base, la semence dont l'éclosion dépend de la discipline, de la patience et de la diligence de la personne qui s'y applique.
La participation à ces initiations sous-entend que l'on ait manifesté son intention de suivre la voie du Bouddhisme par la "prise de refuge" dans le Bouddha (le principe de l'éveil), le Dharma (l'enseignement qui nous permet de réaliser cet éveil) et la Sangha (la communauté de ceux qui nous ont précédé sur la voie de l'éveil).
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C'est en 1977 que le Centre d'études tibé-taines fut fondé par deux jeunes qui fréquentaient depuis déjà plusieurs années le premier centre Bouddhiste tibétain en Europe, Samyé Ling en Ecosse, fondé par Akong Rinpotché et Tcheugyam Trungpa Rinpotché en 1968. A l'occasion de la seconde visite en Occident du 16 ème Gyalwa Karmapa, chef spirituel de la tradition Karma Kagyupa, l'une des quatre écoles du Bouddhisme tibétain, il fut décidé, à l'initiative d'Akong Rinpotché, de chercher un lieu dans la capitale de l'Europe permettant de recevoir le Karmapa dans les meilleures conditions possibles. Quittant le petit centre qu'Akong Rinpotché avait fondé à Anvers en 1974, Brigitte et Carlo vinrent arpen-ter les rues de Bruxelles et, par un concours de circonstances, ils trouvèrent à Saint-Gilles une superbe maison de maître datant de 1900, quasi abandonnée, qui fut convertie et décorée en quelques mois pour pouvoir accueillir le Karmapa et sa suite d'une vingtaine de Lamas. Le lieu fut consacré et reçut le nom "Karma Shedrup Gyaltso Ling", qui signifie "l'endroit où (se développent) de vastes connaissances et la réalisation des activités éveillées (des Bouddhas)". Le Karmapa exprima le souhait que le nouveau centre puisse contribuer de manière significative à la préservation de la tra-dition Kagyupa en Belgique et en Europe. Quelques années plus tard, les efforts sans relâche de quelques personnes furent couronnés par l'acquisition des immeubles initialement loués du 33 et 31 de la rue Capouillet, grâce à des emprunts et la générosité de certains. Les premières années d'existence du centre n'étaient pas faciles car peu de gens connais-saient le Bouddhisme, encore entouré d'un halo de mystère qui s'est depuis lors progres-sivement dissipé. Un grand nombre de Lamas, parmi lesquels on a pu compter les maîtres les plus éminents de la tradition tibétaine, ont vis-ité le centre pour partager leur gentillesse, leurs connaissances et leur profonde sagesse issue de la pratique de la méditation.
Le 14 ème Dalaï Lama, le 12 ème Taï Sitoupa, Jamgoeun Kontrul Rinpotché, Gyaltsap Rinpotché, Dudjom Rinpotché, Dilgo Khyentsé Rinpotché, Kalou Rinpotché, Thrangou Rinpotché, Urgyen Tulkou Rinpotché, Bokar Rinpotché, Khenpo Tsultrim Gyamtso Rinpotché, Ringou Tulkou Rinpotché, Lama Guendune Rinpotché, Lama Namsé et beau-coup d'autres Lamas dont la liste complète serait trop longue à mentionner, ont ainsi con-tribué à faire connaître à des milliers de per-sonnes les valeurs de tolérance, de compassion et de sagesse véhiculées par la voie boud-dhiste. Dans les premières années le centre a organisé plusieurs évènements d'envergure, dont en particulier des congrès internationaux en 1981, 1982 et 1983 auxquels avaient été invités plusieurs des plus grands Lamas du Tibet. En 1984, le centre organisa les journées internationales de réflexion sur la paix, aux-quelles participa notamment Taï Sitou Rinpotché. En 1985 arriva Palpung Ongan Rinpotché dont le séjour bien que de courte durée allait profondément marquer les esprits. Ongan Rinpotché était le régent du monastère de Palpung, le plus impor-tant des centres Kagyupa dans l'Est du Tibet et siège des Taï Sitoupas. Après le départ du Tibet en 1959 avec le tout jeune 12 ème Taï Sitoupa pour lequel il avait été comme un père, Ongan Rinpotché résida au Sikkim jusqu'à ce que le 16 ème Karmapa lui demanda de s'installer au centre de Bruxelles, à la requête répétée de ses fondateurs. Sa présence et sa compassion, bien qu'il fut lui-même atteint d'une maladie incurable, furent une source d'inspira-tion pour tous ceux qui l'ont rencontré. Il décéda en 1987 et fut rapatrié en Inde par le Taï Sitoupa qui interrompit sa tournée aux États-Unis pour organiser les cérémonies de la crémation dans son monastère de Shérab Ling.
Pendant les années qui suivirent, et jusqu'à ce jour, le centre a pu bénéficier de la présence d'étudiants d'Akong Rinpotché qui avaient accompli la retraite de trois ans à Samyé-Ling, notamment Ani Déchi, Karma Shenpen et depuis peu Guélong Drimé. Sous la direction d'Akong Rinpotché, qui depuis 1977, malgré ses nombreuses responsabilités en Europe, en Afrique du Sud et au Tibet, est venu au moins une fois chaque année, le centre a pu se développer progressivement et de manière constante. Depuis les années 90, en plus des visites ponctuelles de grands maîtres en visite en Europe, nous avons également eu la visite annuelle de Lama Yéshé Losal et de Ringou Toulkou Rinpotché, et ces dernières années celles et ceux qui souhaitent approfondir leur connaissance de la philosophie bouddhiste ont la possibilité de suivre des cours hebdomadaires selon un programme qui s'étale sur trois ans.
En 1994 un étage complémentaire a été construit pour accroître les possibilités de logement et l'accueil des enseignants, et en 2000 de grands travaux de rénovation et d'a-grandissement ont été réalisés, grâce à l'aide d'un très grand nombre de sym-pathisants. L'extension du temple réalisée à cette occasion et la décora-tion traditionnelle qui est en cours permettra dans un avenir proche d'accueillir dignement le 17 ème Karmapa dans le siège que son prédécesseur a fondé il y a 25 ans dans la capitale de l'Europe. Malgré la multiplica-tion des centres du Dharma en Europe et de par le monde et les invitations de plus en plus nombreuses auxquelles les Lamas doivent répondre, Samyé Dzong-Bruxelles a toujours eu le privilège d'accueillir sur base régulière des enseignants de très haute qualité, lui per-mettant d'assumer sa fonction de préservation et de transmission de la tradition tibétaine. Souhaitons que ce 25 ème anniversaire soit également le début d'une nouvelle ère de prospérité et d'efforts communs pour que se perpétuent encore longtemps les précieux enseignements du Bouddha.
Le mois de juin fut marqué par la visite annuelle d'Akong Rinpotché et la célébration du 25ème anniversaire du Centre d'études tibétaines en présence des autorités locales et de quelques 250 personnes venues fêter l'évènement. La journée c'est déroulée sous un soleil radieux et dans la bonne humeur. Nous reproduisons ci-dessous le discours prononcé par l'Administrateur délégué, Carlo Luyckx.

<<C'est avec une émotion certaine que j'ai aujourd'hui l'honneur et le plaisir d'introduire les festivités du 25ème anniversaire du Centre d'études tibétaines. Je n'avais en effet jamais pensé, en 1977, que l'aventure que nous entamions allait nous mener à la situation actuelle.
En 1977, Akong Rinpotché, que je connaissais déjà depuis quelques années pour l'avoir rencontré à Samyé Ling en Écosse en 1972 et qui nous avait aidé à créer en 1975 un petit centre à Anvers, nous a proposé, Brigitte Cornelis et moi, de trouver un endroit à Bruxelles pour recevoir dans la Capitale de l'Europe le 16ème Karmapa, chef spirituel de la tradition Kagyupa, l'une des 4 grandes écoles du Bouddhisme tibétain. A nous deux nous avons tourné dans Bruxelles pendant plusieurs semaines et, comme attirés par une force irrésistible, nous nous retrouvions chaque fois à Saint-Gilles, où 3 mois avant l'arrivée du Karmapa avec son entourage d'une vingtaine de Lamas, nous avons trouvé cette superbe maison que nous avons loué pour 20.000 FB par mois, ce qui représentait à l'époque la totalité de nos économies. Au début, nous ne pensions pas qu'il s'agissait d'une initiative qui allait durer, c'était une opération que nous croyions limitée dans le temps.
C'est évidemment un exercice difficile de relater en quelques minutes l'histoire de 25 années extrêmement riches en événements. Le Centre a pu se développer grâce à l'investissement personnel d'un très grand nombre de personnes, dont la liste serait trop longue pour l'énumérer ici, certaines d'entre elles n'étant par ailleurs plus de ce monde. Ce lieu a connu la visite des plus grands Lamas du Tibet. Fondé par le 16ème Karmapa, qui sur le plan spirituel est considéré comme l'égal du Dalaï Lama, à la différence qu'au Tibet il n'assumait aucune responsabilité politique, le centre a été visité par les chefs des 4 écoles du Bouddhisme tibétain, y compris le Dalaï Lama, et des milliers de personnes ont eu l'occasion de rencontrer les détenteurs d'une transmission ininterrompue de sagesse depuis le temps du Bouddha, il y a 2.500 ans.
Le Bouddhisme ne connaît pas de dogmes. Considéré habituellement comme une des religions mondiales, il est la seule religion sans dieu, plutôt une philosophie, ou encore mieux une manière de vivre. Il enseigne la tolérance, le respect des autres, l'amour et la compassion sans discrimination aucune. Sur le plan social et politique, le Bouddhisme aspire à soulager la souffrance de tous les êtres, sans exception, et le but que se pose celui ou celle qui poursuit l'idéal du Bodhisattva est de libérer tous les êtres de la souffrance, avant de penser à son propre bonheur. Les qualités qu'il cultive pour réaliser cet objectif sont la générosité, l'éthique, la patience, la persévérance, la concentration méditative et la sagesse.
En effet, pour réaliser son ambition d'améliorer le sort des êtres qui peuplent ce monde, le pratiquant du Bouddhisme commence par balayer devant sa propre porte. Il s'évertue en premier lieu à voir clair, à connaître ses passions et à utiliser toutes les énergies dont il dispose en tant qu'être humain pour comprendre ce monde des phénomènes dans lequel nous nous trouvons souvent sans véritable maîtrise de ce qu'on appelle les émotions perturbatrices, telles que l'orgueil, la jalousie, la haine, l'avarice et la stupidité, qui sont les moteurs qui renforcent l'attitude égoïste, source principale de l'insatisfaction généralisée de notre existence humaine. Dans cette optique, le combat pour un monde meilleur commence par la transformation de l'égoïsme en altruisme. On ne peut prétendre vouloir changer le monde si on n'est même pas capable de maîtriser ses émotions, de connaître ses défauts et de développer ses qualités.
Cette approche ne s'improvise pas. Elle demande une discipline et une méthode, dont notamment la méditation. L'objectif de ce centre, sous la direction d'Akong Rinpotché, a toujours été de mettre à disposition de celles et ceux qui le souhaitent, les techniques méditatives expérimentées et perfectionnées au cours des siècles, sans aucun souhait de conversion quelconque. C'est ainsi qu'on a aujourd'hui à Bruxelles la possibilité de recevoir les enseignements philosophiques et d'apprendre les techniques de méditation enseignés dans les grandes universités bouddhiques du nord de l'Inde jusqu'au 12ème siècle et transmis sur le toit du monde pour y être gardés intacts jusqu'à nos jours. En plus de cet objectif de transmission de sagesse, le centre a également une action sociale incontestable. Depuis sa création, un nombre important de personnes en détresse, ayant eu un accident de parcours ou souffrant d'une instabilité psychologique, ont trouvé ici un soutien précieux leur permettant de retrouver un équilibre et de réussir leur réinsertion sociale ou professionnelle.
A cet objet social, il s'ajoute une action humanitaire, par le biais de l'association internationale ROKPA, dont le siège belge se trouve ici et qui, sous la direction d'Akong Rinpotché, mène à bien 150 programmes d'aide au développement, principalement au Tibet, mais aussi au Népal, en Inde, en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Rokpa s'occupe également du quart-monde, en apportant une aide aux sans abris dans les villes européennes comme Glasgow, Londres, Barcelone, Anvers et Bruxelles.
Un autre champ d'activité concerne Tara Rokpa, qui s'occupe à aider les gens à s'épanouir par le biais de la psychothérapie développé par Akong Rinpotché, qui a eu lui-même été éduqué comme Lama-médecin. Le centre a aussi comme objectif de préserver et de faire connaître les richesses culturelles de l'héritage tibétain. Le temple dans lequel nous nous trouvons est en pleine phase de décoration selon les instructions de spécialistes ayant étudié l'art tibétain. L'autel qui a été construit par un ébéniste irlandais est unique en son genre, les ornements ont été sculptés au Népal et les statues sont l'œuvre des meilleurs artistes népalais contemporains. Les moulures que vous voyez ici encore inachevées ont également été réalisées selon la tradition tibétaine.
Il m'appartient ici de remercier toutes les personnes qui, tout au long de ce quart de siècle, ont contribué au développement de ce centre, que ce soit par leur travail, leur savoir-faire, leurs encouragements ou leur soutien financier. Financièrement, le centre se maintient principalement par les participations des résidents et les cotisations des membres. La gestion est assumée entièrement par des bénévoles. La liste des personnes à remercier est beaucoup trop longue et je risquerai d'oublier certains.
Je remercie toutefois les nombreux Lamas qui sont venus enseigner, et parmi eux plus particulièrement notre Président Akong Rinpotché, sans qui ce centre n'aurait jamais survécu. Malgré ses nombreux engagements en Europe, en Afrique et en Asie, et le fait qu'il passe 6 mois par an au Tibet pour gérer ses nombreux programmes humanitaires, il trouve toujours le temps pour venir à Bruxelles. Mes pensées vont aussi vers Palpung Ongan Rinpotché, le Lama qui s'est installé ici en 1985, mais qui est décédé en 1987. Son incarnation a été retrouvé au Tibet. Il a aujourd'hui 12 ans, et d'ici quelques années on pourra s'attendre à ce qu'il revienne à Bruxelles.
Je remercie également notre Bourgmestre Charles Picqué, que j'ai rencontré pour la première fois lors du 10ème anniversaire, et qui a fait preuve d'ouverture à mon égard en me confiant des responsabilités dans son action politique, sans se méfier du caractère quelque peu insolite d'un Belge engagé dans le Bouddhisme. C'est un homme que je considère encore aujourd'hui comme quelqu'un qui a démontré qu'il est possible de faire de la politique avec un grand P, au sens noble du terme, ce qui rejoint l'idéal du Bodhisattva dont j'ai parlé tout à l'heure. Je remercie également Alain Hutchinson, qui a été durant plus de 10 ans le Directeur de Cabinet de Charles Picqué et jusqu'il y a quelques années Échevin à Saint-Gilles de la culture et de l'instruction publique. Il a également rencontré à plusieurs reprises Akong Rinpotché. Aujourd'hui il est aussi Ministre. Je le remercie de sa présence, ainsi que de l'aide qu'il nous a apporté dans le cadre de sa fonction de Secrétaire d'État au logement lors de la rénovation du centre en 2000.
Je vous remercie tous pour votre présence. >>
Carlo Luyckx